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ACTUALITE11 octobre 2026

Acidocétose diabétique dans le DT1

données françaises de la cohorte SFDT1 et nouvelles perspectives de prise en charge

SFD 2026 | Acidocétose diabétique dans le DT1 : données françaises de la cohorte SFDT1 et nouvelles perspectives de prise en charge

Sylvie LE GAC, d’après les présentations des Pr Éric Renard, Louis Potier et Emmanuel Cosson

L’acidocétose diabétique (ACD) demeure une des complications aiguës les plus redoutées du diabète de type 1 (DT1), et pourtant l'une des moins bien documentées en vie réelle. À partir des données de la cohorte nationale SFDT1, trois communications présentées lors du Congrès de la Société francophone du diabète 2026 ont apporté un éclairage inédit sur l’épidémiologie actuelle de l’ACD, ses déterminants et les défis de sa prévention à l’ère des technologies connectées.

Pourquoi ne pas se contenter de ne surveiller que la glycémie ? 


Le Pr Éric Renard (CHU de Montpellier) a ouvert la session en rappelant les fondements de la surveillance cétonique et en posant une question d'emblée provocatrice : la mesure continue de la cétonémie représente-t-elle une nouvelle frontière dans la prévention de l'ACD ? Les recommandations internationales définissent aujourd'hui l'acidocétose par l'association d'une hyperglycémie supérieure à 2 g/L, d'un pH inférieur à 7,30, de bicarbonates inférieurs à 18 mmol/L et d'une élévation duβ-hydroxybutyrate au-delà de 3 mmol/L. Ce dernier constitue le biomarqueur de référence, plus fiable et plus précoce que l'acétonurie urinaire. En dehors de situations particulières – jeûne prolongé, régime cétogène, acidocétose alcoolique – ce seuil de 3 mmol/L reste le marqueur d'une décompensation métabolique nécessitant une prise en charge urgente (figure 1). 

Figure 1. Recommandations internationales sur les seuils définissants l’acidocétose diabétique chez les enfants et les adultes.

 

Le point central développé par le Pr Renard est capital pour la prati que : glycémie et cétonémie ne suivent pas toujours des trajectoires parallèles. Dans plusieurs modèles expérimentaux d'interruption de pompe à insuline, la cétonémie augmentait parfois avant même que la glycémie ne franchisse 2,50 g/L. En quelques heures, la montée des corps cétoniques peut atteindre des niveaux critiques sans que la surveillance glycémique seule n'en alerte le patient. Les situations d'acidocétose euglycémique –notamment chez les patients traités par inhibiteurs de SGLT2 hors AMM dans le DT1 – illustrent encore plus nettement cette dissociation : la glycémie peut rester modérément élevée pendant que les cétones progressent rapidement. Certaines populations sont particulièrement exposées au risque d’acidocétose : les femmes enceintes, les patients traités par inhibiteurs de SGLT2, les utilisateurs de pompes à insuline, les insuffisants rénaux ainsi que les adolescents et jeunes adultes. L’ACD peut donc se développer rapidement et est souvent difficile à détecter précocement. Comme les cétones ne sont pas surveillées systématiquement, les signes avant-coureurs sont fréquemment manqués, ce qui contribue à un retard de prise en charge et à une augmentation des cas d'ACD. 

C'est dans ce contexte que se développe le premier capteur de double mesure en continu du glucose et cétone permettant de faciliter la gestion quotidienne du diabète et aider à détecter l’élévation des cétones afin d’agir et éviter une acidocétose diabétique. Ce capteur est aussi conçu pour être compatible avec les boucles semi-fermées. Ce capteur se connecte à un écosystème qui inclut une application mobile avec des alertes optionnelles personnalisables et permet aux utilisateurs de partager leurs données de glucose et cétonémie avec leurs proches et professionnels de santé. Des seuils sont déjà proposés : entre 0,6 et 1,5 mmol/L, une zone de vigilance nécessitant hydratation et vérification du système d'insuline ; au-delà de 1,5 mmol/L, une alerte justifiant un contact rapide avec l'équipe soignante ; 3 mmol/L restant le seuil de l'ACD constituée. Ces technologies ne sont pas encore disponibles en clinique, mais leur arrivée soulèverait de nouveaux défis éducatifs : interpréter des tendances cétoniques et non plus seulement des valeurs ponctuelles, gérer des alertes sans fatigue d'alarme, adapter rapidement les corrections d'insuline selon un algorithme décisionnel que les équipes devront construire et partager avec les patients. 

 

4,5 % des patients touchés malgré la MCG : les données de la cohorte SFDT1 


Le Pr Louis Potier (Hôpital Bichat Claude-Bernard, AP-HP) a présenté les résultats de l'analyse rétrospective portant sur 2 685 adultes de la cohorte SFDT1, avec un DT1 évoluant depuis au moins 7 ans et des données collectées entre janvier 2023 et décembre 2024. 

La population est d'âge moyen 36,5 ans, majoritairement masculine (51,4 %), avec une HbA1c moyenne de 7,7 % – 70,6 % des patients présentant une HbA1c ≥ 7 %. En termes de traitement, 41,9 % utilisent une pompe conventionnelle, 36,4 % un schéma basale-bolus et 21,7 % une boucle semi-fermée. Le recours au CGM atteint 95,8 %, reflet du niveau élevé d'équipement de la cohorte. Dans ce contexte favorable, 4,5 % des patients – soit 122 sur 2 685 – ont rapporté au moins un épisode d'ACD au cours des 12 derniers mois (figure 2). Ce taux masque de fortes disparités : chez les 18-24 ans, la prévalence atteint 10,3 %, contre 0 % chez les plus de 65 ans. Du côté des traitements, les patients ne disposant que de bandelettes capillaires présentent le taux d'ACD le plus élevé (8,1 %), contre 4,4 % chez les utilisateurs de CGM et 3,1 % seulement chez ceux bénéficiant d'une boucle semi-fermée – confirmant l'effet protecteur progressif et graduel des technologies avancées d'administration de l'insuline. 

Figure 2. © Louis Potier, SFDT1, SFD 2026.


Le profil des 122 patients touchés est clairement identifiable : plus jeunes (29,3 ans vs 37,1 ans), avec une durée de diabète plus courte (15,2 vs 21,0 ans), une HbA1c plus élevée (8,7 % vs 7,6 %) et des doses d'insuline plus faibles. Fait notable, 27 % d'entre eux ont également rapporté au moins une hypoglycémie sévère dans l'année, contre 8,5 % dans le groupe sans ACD – une association hautement significative témoignant de l’importance de surveiller la variabilité glycémique et la nécessité de l’éducation à l’autosurveillance des cétones. Si 74,6 % des patients touchés n'ont connu qu'un seul épisode, 9,8 % en ont rapporté cinq ou davantage, identifiant un sous-groupe à très haut risque de récidive méritant une attention particulière. 

 

Connaissances et freins à l’autosurveillance des cétones 


Le Pr Emmanuel Cosson (CHU Avicenne, Bobigny) a complété ce tableau par une analyse qualitative conduite auprès de 553 adultes de la cohorte SFDT1, via un questionnaire de 45 items. Parmi eux, 62 % rapportaient un antécédent d'ACD, 49 % bénéficiaient d'une boucle semi-fermée, 93 % utilisaient un CGM et la durée moyenne d'évolution du DT1 atteignait 28 ans — une population donc expérimentée, ce qui rend les lacunes identifiées d'autant plus préoccupantes. 

Le niveau de sensibilisation général apparaît élevé en apparence : 95 % avaient entendu parler de la cétose, 91 % de l'ACD, et 88 % en reconnaissaient la gravité. Mais des lacunes importantes se révèlent à l'analyse : près d'un tiers des personnes interrogées n'ont pas su identifier les principaux symptômes tels que les nausées et les vomissements. Moins de la moitié ont reconnu les douleurs abdominales. Les signes respiratoires critiques ont rarement été identifiés. De nombreux répondants ont attribué à tort des symptômes non spécifiques à l'ACD. Les connaissances étaient significativement meilleures chez les patients sous pompe ou BSF, chez les moins de 25 ans et chez ceux ayant déjà vécu un épisode – suggérant que l'expérience directe reste l'un des principaux vecteurs d'apprentissage, là où l'éducation thérapeutique devrait pourtant prendre le relais. 

La surveillance cétonique effective reste très insuffisante dans la vie réelle : seulement 3 % des patients déclaraient se tester souvent, et 58 % seulement parfois, 38 % pas du tout (figure 3). Les freins identifiés sont multiples : mauvaise reconnaissance des symptômes déclencheurs (56 %), manque de matériel disponible (52 %) et contraintes de temps (52 %). Ces obstacles étaient plus fréquents chez les patients sous BSF ou présentant un TIR inférieur à 70 %, c'est-àdire paradoxalement parmi ceux pour qui la surveillance cétonique présente le plus grand intérêt. 

Figure 3. © Emmanuel Cosson, SFDT1, SFD 2026.

 

Seulement 39 % des patients recevaient des rappels réguliers de leurs soignants sur la conduite à tenir – révélant un déficit structurel d'éducation thérapeutique sur ce sujet. En raison des limites des méthodes de surveillance des cétones actuelles, l'intérêt pour un capteur combiné glucose-cétones atteignait 82 % des répondants, illustrant une demande patient forte pour des solutions plus intégrées et moins contraignantes dans la gestion quotidienne du DT1, pour prévenir l’ACD. 

 

Vers une prévention plus intégrée 


Ces trois communications dessinent un tableau convergent. Malgré des avancées technologiques majeures, l'ACD reste une réalité en France, touchant prioritairement les jeunes adultes et les patients aux profils glycémiques instables. La surveillance glycémique continue ne suffit pas à prévenir toutes les décompensations : la dissociation glycémie-cétonémie, les acidocétoses euglycémiques et les interruptions rapides d'insulinothérapie rappellent qu'une surveillance complémentaire des corps cétoniques reste indispensable. La double mesure en continu du glucose et cétone apparaît comme une perspective prometteuse comme nouveau standard de prise en charge pour les DT1 — à condition d'être accompagnée d'une stratégie éducative clairement structurée autour des situations à risque et des conduites à tenir. Les données françaises de la cohorte SFDT1, issues d'un registre de vie réelle de grande envergure, offrent aujourd'hui une base solide pour repenser collectivement la prévention de l'ACD, mieux cibler les interventions vers les patients les plus vulnérables et préparer l'intégration de futures technologies de surveillance combinée dans les pratiques de soin.

 

D’après les présentations des Pr Éric Renard, Louis Potier et Emmanuel Cosson dans le cadre du congrès de la Société francophone du diabète, Lyon, 2026.

Références

Cliquez sur les références et accédez aux Abstracts sur

1. Hyperglycemic crises in adults with diabetes: a consensus report. Diabetes Care 2024 ; 47(8) : 1257-75. Rechercher l'abstract
2. ISPAD Clinical Practice Consensus Guidelines 2022: Diabetes ketoacidosis and hyperglycemic hyperosmolar state. Pediatr Diabetes 2022 ; 23(7) : 835-56. Rechercher l'abstract
3. Dhatariya KK. Continuous ketone monitoring for people with diabetes: international expert recommendations on the application of a new technology. Lancet Diabetes Endocrinol 2026 ; 14 : 82-92. Rechercher l'abstract
4. Kilpatrick ES et al. The effectiveness of blood glucose and blood ketone measurement in identifying significant acidosis in diabetic ketoacidosis patients. Diabetol Metab Syndr 2023 ; 15(1) : 198. Rechercher l'abstract
5. Louis Potier et al. SFDT1-Etude rétrospective sur l’ACD. Communication orale dans le cadre du congrès de la SFD 2026, Lyon. Rechercher l'abstract
6. Emmanuel Cosson et al. Connaissances des patients et freins à l'auto - surveillance des cétones : résultats d'une enquête prospective auprès de patients atteints de DT1 dans la cohorte française SFDT1. Communication affichées et commentées orale dans l Rechercher l'abstract
7. Rebrin K et al. Subcutaneous glucose predicts plasma glucose independent of insulin: implications for continuous monitoring. Am J Physiol 1999 ; 277(3) : E561-E571. Rechercher l'abstract